( 22 avril, 2009 )

La Doctrine de Louis-Claude de Saint-Martin (auteur inconnu)

La Doctrine de Louis-Claude de Saint-Martin 

Saint-Martin s’attacha à cette idée de Boehme et de Pasqually qu’il y a deux désirs issus de deux volontés, l’un puise l’énergie de l’âme dans la matière, l’autre utilise la matière pour infuser l’âme en lui permettant de se manifester dans cette matière qui se trouve par le fait spiritualisée. Au-delà du dualisme Esprit-Matière, Saint-Martin recherche l’unité de Dieu, de l’homme et de l’univers, la conscience de l’Unité est celle de la Réintégration. Tous les domaines de l’activité humaine doivent devenir resplendissants de la lumière divine, l’intelligence active de SOPHIA. Cette lumière se trouve dans le cœur de l’homme et il lui faut descendre en lui-même pour la trouver. Il en trouvera aussi le reflet dans le langage des choses, son esprit lui permet de saisir leur nature profonde par une gnose intime sur les nombres et les figures, les sociétés, les langues, les mythologies et traditions, les sciences de la nature, tout parle ou joue dans une orchestration harmonieuse pour celui qui entrevoit la clé de l’Unité des Mondes.

L’homme occupe une place centrale dans l’Univers et c’est la connaissance de lui-même qui peut, seule, lui donner la compréhension et le pouvoir. Ce qu’il faut découvrir en nous, c’est le modèle homme, c’est-à-dire le Christ. Christ est le sauveur historique, mais aussi et surtout celui qui a montré la voie a déposé dans l’humanité le germe christique qu’elle doit faire éclore pour sa Réintégration.

L’instrument de cette Réintégration, c’est la Volonté. Saint-Martin partageait les préoccupations scientifiques de son époque, il s’agit pour lui de faire coïncider science et inspiration. Pourtant, il s’élève contre l’esprit encyclopédique avec beaucoup de talent et d’humour dans sa nouvelle « Le Crocodile ». Sa position est celle de René Guénon dans « Le Règne de la Quantité » ou celle du Maître spirituel contemporain Krisnamurti qui dit qu’en fin de compte, on doit rejeter tous les livres, même les siens, pour trouver la Connaissance en soi-même. « La chair est triste, hélas, et j’ai lu tous les livres », clame Mallarmé quand Proust prétend que la littérature est au seuil de la vie spirituelle. Science, art, littérature, rien n’est inutile aux yeux des grands Maîtres spirituels qui ont souvent pratiqué ces disciplines, mais il importe pour le mystique de dissocier la fin et les moyens. « L’intellect fut une aide, l’intellect est l’entrave » dit Sri Aurobindo. Tout ce qui sert à franchir une étape vers le but doit ensuite être dépassé, même la volonté, si l’on en croit encore Sri Aurobindo « L’effort fut une aide, l’effort est une entrave ». Cependant, ce rejet n’est pas total, c’est un dépassement.

Aurobindo s’intéressa aux questions de littérature et de politique jusqu’à sa mort. Une fois que l’être a réalisé son union avec SOPHIA, qu’il a réalisé les noces chymiques, art, science, littérature ou action sociale ne lui sont plus nécessaires mais peuvent continuer à entrer dans le libre jeu de sa conscience de libéré vivant. Ramakrisna, après s’être réalisé selon une voie spirituelle particulière, recommença tout le cheminement entrant à nouveau volontairement dans le processus de l’ignorance et du dévoilement (1).

Lorsque Saint-Martin s’est penché sur les écrits de Boehme, on peut se demander s’il avait véritablement quelque chose à apprendre du théosophe allemand. Il semble plutôt qu’il ait voulu s’inspirer de Boehme pour perfectionner sa propre formulation de la vérité. En fait, la pensée Martiniste comporte une vive critique de l’abus des pouvoirs intellectuels qui limite l’intelligence à la seule approche rationnelle et objective. L’intellectualisme, l’érudition gratuite, le scientisme étroit orientent la conscience dans la voie de la séparativité, de la complexité croissante, du dessèchement analytique. Les vrais mouvements de la conscience intérieure sont alors voilés par l’ego qui manifeste en réalité une peur secrète de l’inconnu et une inquiétude profonde. Cette leçon nous est donnée par Balzac dans « La Recherche de l’Absolu » et « Louis Lambert » comme nous le verrons.

De Saint-Martin, du fait de son inclination littéraire et de sa formation kabbalistique chez les Elus Cohen, était sensibilisé au problème du langage. L’approche mystique du langage est une tentative humaine pour retrouver la Parole Perdue, la vibration primordiale du Logos créateur. A travers la poésie et la littérature, le langage dégagé de sa fonction utilitaire matérielle, s’il n’est pas mis au service de l’observation mentale ou d’un inconscient crépusculaire, devient une approche du verbe angélique, cette sorte de communication supérieure qui était l’apanage de l’homme dans son état d’avant la chute. Au-dessus de tous les arts, le langage divin qui est accordé à l’homme comme moyen de régénération, c’est la musique. Saint-Martin lui-même, outre qu’il était un littéraire non dépourvu de talent et de style, était également un violoniste très épris par son art. La philosophie martiniste conduit naturellement à une théorie de l’art et une pratique de l’art pour celui qui considère que c’est là son champ d’activité au service de tout.

Il y a d’autres domaines d’application de la philosophie martiniste dont l’un est le service social. Un travail en vue d’établir une plus grande justice dans la société afin qu’elle accomplisse le dessein évolutif prévu pour la collectivité humaine dans le plan de la Divinité. L’idéal utopique est une caractéristique marquante de l’idéologie martiniste. L’utopie sociale fait partie de l’attente eschatologique de nombreux peuples et religions, juifs, chrétiens, musulmans, hindous (2). Pour beaucoup d’ésotéristes, l’âge d’or devrait être retrouvé et coïncider avec une transformation du rapport de l’homme à la matière se caractérisant par une nature régénérée par l’esprit (3) et une influence marquante du Principe de la Mère Cosmique à travers un nombre croissant de grandes Initiées et Avatars de sexe féminin. D’ailleurs, même dans la mythologie marxiste, on s’est beaucoup intéressé au rôle libérateur de la femme. Les sociétés primitives du matriarcat d’après Marx et Engels étaient sans classes et sans aliénation et la société communiste future sera cet âge avec une société sans Etat. L’âge d’or comprend l’utopie sociale mais aussi une régénération de la nature par l’œuvre de l’homme, grâce aux arts et aux sciences mais aussi une transformation spontanée de la nature elle-même qui se fait œuvre d’art. « Oh ! comme ils seront beaux les nouveaux cieux et la nouvelle terre, puisque les formes y seront régulières et qu’elles changeront leur difformité contre la perfection même », prophétise L. C. de Saint-Martin. Tout n’a pas été dit, loin de là, sur le « Philosophe inconnu ». Il nous faut maintenant aborder Jacob Boehme et Swedenborg pour une vision complète du mysticisme martiniste. (1) Lire « La vie de Ramakrishna » de Romain Rolland
(2) Dans la tradition Rose-Croix, nous retiendrons surtout « La République » de Platon et « La Nouvelle Atlantide » de Sir Francis Bacon, chancelier de la reine et Impérator Rose-Croix.
(3) INRI

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